Le vestibule de la Galerie de Minéralogie et de Géologie est orné d’imposantes fresques de François-Auguste Biard. Les visiteurs sont invités à les admirer dans l’espace accueil de l’exposition Trésors de la Terre.


Ces fresques représentent l’expédition française au Spitzberg, un archipel au nord de la Norvège, durant l’année 1839. Les explorations vers le cercle polaire se développent en effet rapidement durant la première moitié du 19ème  siècle et sont principalement le fait des anglais.

Afin de contrer ce quasi monopole, le ministère de la Marine décide d’envoyer le naturaliste Paul Gaimard, qui s’est déjà rendu en Islande en 1835 et 1836, en expédition scientifique à bord de La Recherche, avec notamment l’espoir qu’il puisse trouver un passage nord est vers le Pacifique.

Ce voyage, bien qu’il ait été peu étudié par les historiens français, tient une place toute particulière dans l’histoire des sciences : c’est en effet la première fois que l’on voit collaborer des scientifiques de nationalités différentes, avec une participation à part égale de français et de scandinaves.

Cette expédition se veut la plus exhaustive possible et c’est avec des objectifs aussi variés que l’étude des courants marins, du magnétisme, des températures, de la géologie et de la minéralogie que l’équipe de Paul Gaimard se met en route.

Cette expédition se conclura avec le dépôt d’échantillons minéralogiques et botanique au sein des collections du Muséum national d’Histoire naturelle et la publication de nombreux résultats scientifiques.

À bord de La Recherche, on retrouve aussi plusieurs artistes chargés de faire la relation des paysages et curiosités rencontrées. Parmi eux se trouve le peintre François-Auguste Biard, accompagné de sa fiancée Léonie d’Aunet, qui publiera quinze ans plus tard Voyage d’une femme au Spitzberg. Après être passé par l’école lyonnaise, ce peintre multiplie les voyages en Europe et commence à montrer un goût certain pour la représentation des pays orientaux. C’est probablement cet esprit aventurier qui lui vaut d’être recommandé par le capitaine de La Recherche. À son retour en France, Biard se fait naturellement le rapporteur de l’expédition, grâce à quatre fresques murales réalisées pour la toute récente galerie de Minéralogie, construite en 1833.

L’archipel du Spitzberg est immédiatement identifiable par la présence d’icebergs, les premiers que croise l’équipage depuis son départ de Norvège. Cette découverte laisse une impression durable aux voyageurs : Xavier Marmier, qui fait partie de l’expédition, témoigne de leurs "formes des plus bizarres". Biard relaie cette fascination teintée de peur en proposant des formes déchiquetées, quasi zoomorphes. Tout est fait pour rendre cette île, que les voyageurs décrivent comme "une affreuse contrée", particulièrement austère.

Au sein d’une unité géographique et temporelle, Biard peint deux scientifiques de l’expédition ainsi que trois scènes de chasse emblématiques du grand Nord. Ces dernières, dont on peut déplorer le manque général de dynamisme, ne sont pas le fruit de la réalité. Léonie d’Aunet et Xavier Marmier racontent en effet que les ours blancs, morses et rennes que les chasseurs russes et scandinaves avaient pris l’habitude de venir chasser depuis le 17ème siècle ont déserté ces latitudes et qu’ils "n’ont vu aucun de ces animaux". Biard fait donc écho à des chasses dangereuses qui frappent encore les esprits, dans un siècle obsédé par le combat entre l’homme et la nature.

Cette expédition marque profondément Biard : il peint entre 1839 et 1841 une dizaine de tableaux ayant trait à son voyage, dont le plus remarquable est sans doute celui conservé au Louvre, sous le titre de Magdalena Bay : en comparaison des fresques du Muséum national d’Histoire naturelle, ce paysage d’aurore boréale dégage une impression quasi mystique, dans une palette chromatique de bleus assez saisissants.


Sources & documents pour aller plus loin

  • Xavier Marmier, Expédition La Recherche au Spitzberg, Revue des deux mondes, 1838-1839
  • Paul Gaimard ( dir ), Voyage en Scandinavie, Laponie, au Spitzberg et au Féroë, 1840-1846
  • Léonie d’Aunet, Voyage d’une femme au Spitzberg, 1854
  • Barbara C. Matilsky, François-Auguste Biard : artist, naturalist, explorer, Gazette des Beaux Arts, 1985
  • Karel David, Dictionnaire des artistes de langue française en Amérique du Nord, 2002
  • Einar-Arnes Divernes, L’expédition de La Recherche, Inter-Nord n°20, 2002